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 I love rock'n roll [PV]

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Sharon Stanford
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MessageSujet: I love rock'n roll [PV]   Sam 26 Jan - 1:00

C’était l’événement de l’année visiblement. Tout le monde en parlait partout, dans la rue, il y avait de nombreuses affiches, des spots à la radio locale, des encarts dans les journaux… Juneau avait beau être une grande ville (la capitale de l’Alaska, quand même, ce n’était pas rien !), tout ses habitants semblaient être au courant et attendre tous ce même événement. Comment ça j’exagère ? Bon, peut-être un peu. Mais en réalité, à peine. Ça faisait quand même du bruit , c’était le sujet de nombreuses discussions.. De quel événement parlait-on ? De la série de concerts que le groupe Capricorn donnait en ville ! Qui ne connaît pas les Capricorn ? Ceux qui ont osé lever la main, acquiescer ou juste hoché la tête sont priés de prendre la porte sur le champ ! Ou mieux, d’aller au magasin le plus proche de chez eux vendant des disques et de combler tout de suite cet impardonnable incultisme ! Comment ne pouvait-on pas connaître les Capricorn ? Comment pouvait-on rester insensible à leur musique ? C’était impossible ! Ou alors, vous avez un sérieux problème. Ou bien vous n’êtes pas humain. Quoi que … mauvais exemple. Il existait des non-humains qui aimaient ce que faisait ce groupe. Et même plus que ça. De qui on parle ? de cette superbe grande blonde, assise sur le rebord de la fenêtre de l’un des couloirs de l’Université de Juneau, ne nez plongé dans un épais bouquin de psychologie, deux écouteurs vissés sur les oreilles. Et devinez ce qu’elle était en train d’écouter ? Capricorm, gagné, comment avez-vous deviné ? Ses yeux parcourant les lignes sans vraiment les voir, elle se laissait doucement envahir par la mélodie et la voix rauque et chaude du chanteur de son groupe préféré. Non, ce n’était pas la musique en elle-même qui la déconcentrait, pas du tout même, faire deux choses en même temps, surtout étudier et profiter d’un fond musical, elle savait très bien faire en temps normal. Mais pas cet après-midi-là. tout simplement parce que ce soir avait lieu le premier des cinq concerts que devaient donner les Capricorn à Juneau.

Ça pouvait paraître assez comment dire … inattendu, frivole et superficiel, d’être excitée et ailleurs à cause d’un concerts pour l’un de ces êtres éternels et froids qu’étaient les vampires. Et bien en fait, il fallait savoir trois choses très importantes : premièrement, si vous voulez du frivole et du superficiel chez les vampires, demandez Lali Evans, vous serez royalement servis et ne penserez plus jamais que ces deux choses sont incompatibles. Deuxièmement, Sharon n’était vampire que depuis peu de temps. Cela faisait sans doute bizarre, de dire que quatre ans étaient peu de temps, alors qu’il s’y était passé tant de choses, mais déjà à l’échelle d’une vie humaine prise dans sa totalité potentielle (si elle n’était pas écourtée d’une manière ou d’une autre), quatre ans, c’était très peu, alors à l’échelle d’un vampire, qui avait l’éternité devant lui, qu’était-ce ? Sharon était donc extrêmement jeune pour un vampire, et ses réactions étaient encore très souvent celles qu’elle avait lorsqu’elle était humaine (et elle espérait de tout son être que ça ne change jamais). Son enthousiasme pour ce groupe était d’ailleurs antérieur à sa transformation, ce qui pouvant d’autant plus expliquer le tout. Et troisièmement, il ne s’agissait pas pour elle d’un fanatisme de genre groupie. Vous savez, ces filles qui hurlaient, jetaient leurs sous-vêtements ou défaillaient dès qu’elles apercevaient trois centimètres carrés de leurs idoles. Attention, je n’ai pas dit que Sharon ne trouvait pas les membres du groupe furieusement sexy, simplement elle ne les aimait pas pour ça, elle les aimait pour leur musique. Pourquoi exactement ? Et bien je me ferai une joie de vous le raconter plus tard, parce que Sharon venait de refermer son livre de psycho après un bref coup d’œil à sa montre. Dix-huit heures. Le concert était à vingt heures. Le timing serait bon. Elle se leva donc, rangeant son livre dans son sac et quitta l’Université. Aller à l’Université pendant les vacances et jusqu’à aussi tard pour bosser… on pourrait en déduire que la jeune vampire était folle, ce qui n’était absolument pas vrai ou encore férue d’études, ce qui n’était pas totalement faux. Non, la véritable raison pour laquelle elle était restée aussi tard, c’était parce que si elle était restée chez elle toute la journée, elle aurait passé l’après-midi à essayer sa garde-robe pour savoir quoi mettre ce soir. Ce qui pouvait paraître étrange, mais elle adorait prendre soin de son apparence, et puis c’était un concert des Capricorn donc … Ah, oui, donc si elle était restée là-bas, elle n’aurait pas pu bosser un minimum (si si, elle avait bossé un peu). Et puis Lali aurait fait sa curieuse, et au final aurait sûrement insisté pour venir avec elle. Et ça, il n’en était pas question. Ces concerts, c’étaient des moments sacrés, qui n’appartenaient qu’à elle et à elle seule. Seule = solitaire au milieu de centaines, voire milliers de fans déchaînés. Ces concerts ? Et oui, ce n’était pas vraiment le premier auquel elle assisterait.

Pendant son voyage, enfin, ce qui avait résulté de sa fuite, de son errance en Europe, cela coïncidait avec la grande tournée que donnait le groupe à travers le vieux continent. Alors, elle les avait suivis, en quelque sorte, basant sa découverte du monde avec les dates et lieux de leurs prestations scéniques. Londres. Dublin. Paris. Berlin. Prague. Madrid. Et j’en passe. Et le dernier auquel elle avait assisté. Rome. La veille de sa rencontre avec les Volturi. De la découverte des Denali. Et de son départ pour l’Alaska. Ils avaient en quelque sorte été ses points de repère pendant tout ce temps, mais elle avait eut besoin de s’établir quelque part. même si son existence n’en était pas plus radieuse pour autant. Il arrivait que cette époque lui manque. Tous ces vols à travers l’Europe. L’avion, elle adorait, elle qui ne l’avait jamais pris avant. Le bateau aussi. Et les belles voitures. Non, elle n’avait pas volé de voiture. Elle était simplement partie avec les cartes bancaires de ses « créateurs ». celle qu’elle avait préférée : l’Aston Martin avec laquelle elle avait fait entre autres Paris Berlin. Les journées : culture, tourisme. Et les soirées. Capricorn. Elle avait été à tous leurs concerts. Elle n’en avait pas raté un seul. Elle avait prévu d’assister à toute la tournée. Avant qu’elle ne découvre l’existence de son clan actuel. Mais était-ce vraiment une affaire ? Elle tira la langue à son reflet, dans sa chambre, chez les Denali, amusée par son interrogation. Entre toute une famille de vampires et un groupe de rock humain qu’elle allait applaudir tous les soirs, il n’y avait vraiment pas photo. Elle n’était pas totalement heureuse à cette époque (elle se demandait même si elle le serait réellement un jour). Certes, elle avait la belle vie, mais aucune attache. Et les vampires n’étaient pas faits pour vivre seuls, elle l’avait vite compris. Alors … alors ce soir, elle allait pouvoir, pendant quelques heures, réunir une partie de son passé et sa nouvelle existence. Elle n’allait donc pas se plaindre… Nouveau coup d’œil critique au miroir. Robe ? Non, trop habillée … Mini-jupe … non, trop groupie … ou alors en jean ou en cuir, pour l’esprit rock. Ou un jean, tout simplement… oui, non, justement, trop simple (comme si quoi que ce soit pouvait avoir l’air simple sur elle…). La jupe, le blouson et les bottes en cuir noir la branchaient bien mais … non. Elle soupira, retirant de nouveau sa tenue et l’envoyant valser avec le reste sur son lit, où s’amoncelait un tas assez conséquent de vêtements de styles et coloris très variés. Que restait-il dans son armoire ? Plus grand chose … Ce fut en retournant sa pile de pantalons en quête d’inspiration qu’elle trouva LA solution. Sous forme d’un jean noir, râpé au niveau des genoux. Ce qu’elle portait au premier concert. En un tour de main, l’affaire fut dans le sac., le reste de la tenue se composant d’un bustier rouge et d’un blouson en cuir noir. Fantastique. Un long frisson lui parcourut l’échine. Elle n’avait pas changé d’un poil depuis ces années. L’image que lui renvoyait le miroir était exactement la même. Cette impression de déjà-vu lui procurait une sensation étrange. Comme si une quelconque magie était à l’œuvre.

Un léger rire franchit la barrière de ses lèvres. Il y avait longtemps qu’elle avait remarqué qu’il n’y avait plus aucune magie dans son existence. Ou si, elle pouvait considérer qu’il y en avait un peu ce soir. Quelques minutes dans la salle de bains, et elle était prête. Rangea sa place dans la poche arrière de son jean. Lança un dernier regard au miroir. Qui lui renvoya une fois de plus l’image de la perfection. Un léger sourire orna ses lèvres, alors qu’elle sortait de la demeure Denali : combien de filles tueraient pour être aussi blasées sur un physique de rêve comme le sien ? Non, ce n’était pas de l’orgueil, juste un constat qui avait le don de l’amuser profondément. La vie était faire de façon étrange … Ah, ne pas penser à ce genre de choses ce soir. Ce soir était particulier, alors au placard les questions philosophiques sur son existence éternelle, la présence de son frère et autres souvenirs hautement douloureux de son passé d’humaine. Cette nuit était celle des Capricorn. Et la sienne. La nuit lui appartenait. La Lune s’était d’ailleurs déjà levée, baignant le décor d’une lumière argentée qu’elle affectionnait tout particulièrement. L’astre de la nuit présentait un disque parfait, ce qui lui fit avoir une rapide pensée pour les loups-garous. Tiens, y en aurait-il cette nuit au concert, des habitants canins de l’Alaska dans de ce groupe eux aussi ? Pourquoi pas, après tout c’étaient des humains. Et des vampires ? Elle n’en avait jamais croisé à un concert. En même temps, c’était logique, il existait très peu de vampires végétariens et les autres étaient soit assez raisonnables pour éviter le fait de se retrouver dans une espèce de garde-manger géant où ils risquaient de perdre la tête, soit trop apeurés des Volturi pour tenter le Diable. C’était donc hautement compréhensible. Toutes ces odeurs, plus l’excitation du concert, l’esprit rock, l’atmosphère saturée d’hormones … un paradis pour vampire en recherche de sensations fortes. A condition de pouvoir résister. Sharon chassait énormément avant chaque concert, pour parer à toute éventualité. Et de toute façon, elle ne pourrait jamais dévorer un être humain. Elle refusait d’être un monstre, tout simplement. Bref, une nouvelle soirée dans son paradis personnel, solitaire une fois de plus, mais quelle importance ?

Pendant près de deux heures, elle allait tout oublier : passé, présent, futur. Passé, déchirant, peuplé d’amour désormais inaccessible, de violence, d’agression, de douleur, de souffrance, de trahison, d’horreur, de tristesse. Présent, aberrant, hanté par le retour improbable d’un frère, l’intégration difficile, le blocage par rapport à son existence, la tristesse que lui infligeait ce qu’elle était, purement et simplement. Avenir, effrayant car vide, incertain et pourtant infini. Tout allait disparaître, balayé par la musique des Capricorn, l’ambiance chaude de leurs concerts, et la foule … Tant de sensations agréables qui semblaient lui dire : « tout va bien. Ici, tu es en sécurité. Et juste Sharon ». Juste Sharon, sur laquelle se retournaient tous les garçons qu’elle croisait. En effet, elle avait décidé de marcher pour profiter de la nuit, et se mêler aux gens qui allaient eux aussi en direction de la Salle des Fêtes. Salle des Fêtes … façon de parler. Il y avait de quoi en faire sans problème une gigantesque salle de concert, ce qui s’était d’ailleurs passé ces derniers jours. En même temps, normal, pour une ville comme Juneau. Ce n’était ni Paris, ni New York, mais quand même … Sharon se mêla donc aux gens, autant que faire se pouvait, étant donné les réactions qu’elle déclenchait immanquablement : yeux fixes, grands sourires et pensées … chez les représentants de la gent masculine, moues pincées, sourcils levés et autres marques de dégoût, frustration et autre jalousie chez les filles. Mais ça ne la dérangeait pas. se noyer dans la foule lui permettait de se sentir comme faisant partie du monde. Complètement et de manière irrévocable. Se fondre dans la masse … ça semblait n’être rien, mais pour elle, qui se sentait tellement à l’écart, c’était salvateur.

Salle des fêtes. Entrée vite passée une fois le billet présenté et poinçonné. Et encore plus de monde. Elle ne faisait même plus attention aux centaines d’odeurs qui l’assaillaient. Comme à chaque fois, elle avait mis trop de temps à se préparer. Cependant … cela ne l’avait jamais empêchée de se retrouver au pied de la scène, il n’en serait donc pas autrement aujourd’hui. Grâce à ses … capacités, englobant sa facilité à louvoyer avec aisance et fluidité entre les gens, et son physique de déesse de la nuit qui avait pour effet que les hommes soient prêts à s’entretuer pour lui laisser leurs place. Alors, bientôt, elle fut au pied de la scène. Là où elle avait toujours été. Cela faisait quoi, environ huit moies qu’elle n’avait pas assisté à l’un de leurs concerts. Cela faisait longtemps. Bien trop longtemps. Ça lui avait manqué, à un point inimaginable, dont elle-même ne prit réellement conscience qu’aux premiers accords de guitare. Ça faisait un bien fou. Le concert venait de commencer. Elle connaissait toutes leurs chansons par cœur, et mêlait donc souvent sa voix aux autres, grisée, heureuse. Un grand sourire se dessina bien vite sur ses lèvres, un vrai sourire, franc et sincère. Tout allait bien. Elle bougeait, comme tout spectateur à un concert de rock, sans se laisser totalement aller cependant (c’étaient eux les vedettes après tout ^^). Et même si elle adorait tout ce qu’ils faisaient, et qu’elle ne s’ennuyait absolument pas, il y avait un moment qu’elle attendait avec impatience. Et qui eut lui vers la moitié du concert.

Drew Lay, le charismatique chanteur et leader des Capricorn recula, laissant le micro central libre, alors que les premiers accords de LA chanson se faisaient entendre. Celle-là, c’était la chanson de Sharon. Sa préférée. Et pour cause. Déjà, et ce n’était pas rien, un autre membre du groupe venait de prendre place derrière le micro. Et si la grande majorité des fans filles du groupe n’en avaient que pour Drew (tellement ténébreux) ou Danny (so sex), Sharon, elle, n’était pas de leur avis. Celui dont elle aurait hurlé le prénom avant sa transformation, de qui, lycéenne, elle avait été en adoration, c’était lui. Ian Autumn. Guitare et chœurs. Sauf pour cellel-là). c’était lui qui l’avait écrite. Et qui la chantait. Mais il n’y avait évidemment pas que ça. Sharon n’était pas du genre frivole, et cela n’expliquait donc pas l’adulation qu’elle vouait à cette chanson. Non. Ce qu’il y avait, c’était un lien particulier entre elle et cette chanson. C’était elle qui l’avait accompagnée dans son après-transformation. Par bonheur, en effet, les vampires qui l’avaient « crée » adoraient le rock humain, et elle avait retrouvé les albums de son groupe préféré. Et s’était arrêtée sur cette chanson-là. qui avait pris un autre sens, au vu de son vécu. Qui lui avait parlé. L’avait fait énormément réfléchir. Pleurer aussi. Mais l’avait indéniablement aidée. C’était quelque chose d’assez dingue. Mais n’était-ce pas là le propre de la magie de la musique ? Que chaque chanson ait une signification spéciale pour quelqu’un quelque part ? Sans aucun doute. Alors voilà. Ceci expliquait pourquoi Sharon se mit doucement à trembler. Pourquoi ses deux prunelles dorées se fichèrent sur Ian. Pourquoi, pour une fois, elle ne chanta pas, préférant savourer cet instant magique, unique. Et pourquoi une larme perla au coin de son œil.

Le titre de cette chanson ? « Like Frankenstein’s ».

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MessageSujet: Re: I love rock'n roll [PV]   Dim 27 Jan - 20:47

Prendre possession de la salle, mains fourrées négligemment dans les poches, un simple pull noir jeté à la va-vite sur la peau de glace. Déambuler parmi les techniciens qui s'affairent, d'une démarche souple et légère. Certains des employés lui jetaient des regards noirs. Il semblait les narguer, à se promener parmi les fils et autres câbles électriques traînant sur le sol pendant qu'eux s'esquintaient à préparer le concert. Mais Ian ne faisait que repérer les lieux. La salle ne serait jamais vide avant la fin du concert, et il aimait savoir où il mettait les pieds. Même si peu de choses pouvaient le prendre par surprise. La pièce était plus petite que la plupart des salles de concert que les Capricorn avaient connues, mais qu'importe. Ici, ils étaient comme chez eux. Ils avaient comme de la famille à Juneau, et, d'ailleurs, ils avaient tous prévu de faire un petit passage chez les Denali avant de repartir d'Alaska. Même si... Ian s'arrêta sans s'en rendre compte dans sa marche sans but. Les Denali savaient-ils à propos des "extras" du groupe? Voilà presque un an que les Capricorn n'avaient pas rendu visite au clan végétariens, voilà presque quatre-vingt-trois ans que Ian faisait partie intégrante du groupe, et pourtant, il n'avait pu croiser qu'une ou deux fois le clan des contrées froides d'Alaska. Et il ne savait toujours pas s'ils étaient au courant de leurs écarts de conduite... A cette pensée, le "jeune" homme grimaça. Des écarts de conduite, bien trop fréquents pour n'être que des écarts. Et ce soir, d'autres fans allaient voir leurs vies écourtées de plusieurs dizaines d'années. Pourquoi? Et bien, c'est très simple. D'un, l'excitation de revenir près de leurs semblables, l'excitation de revenir sur un territoire dominé par les vampires exacerbait les envies des musiciens. De deux... imaginez. Vous êtes un vampire, ce qui veut dire que, dès que vous mettez le nez dehors, c'est une horde d'arômes plus alléchants et savoureux les uns que les autres qui vous assaillent de tous côtés. De délicieuses effluves ferreuses et suaves en même temps, cette odeur un peu amère et pourtant si douce pour les sens... Pour un vampire, se promener dans la rue c'est comme passer en permanence à côté d'un stand de poulets en train de rôtir pour un humain. Une simple promenade fait monter l'eau à la bouche, changer les regards... Mais, comparée à la tentation ressentie après un concert, celle de la rue n'était rien. Vraiment rien. Les humains dans la rue sont calmes et posés. Peut-être un peu stressé, mais rien de bien important. Lors d'un concert de rock, l'excitation, l'impatience, le stress de voir d'un peu plus près ceux que l'on adule... tout ça a pour conséquences de faire battre les coeurs plus rapidement que d'ordinaire... les arômes prennent en puissance, les effluves semblent prendre plus de place! Et lorsque des groupies surexcitées viennent frapper à votre porte, dégageant plus de parfums que d'acceptable, le mot "tentation" n'est plus à l'ordre du jour. A chaque fois, Ian était contre l'idée de devenir le monstre que tout le monde voyait en les vampires, ces créatures assoiffées de sang, ces êtres carnassiers sans aucune retenue. A chaque fois il se disait: "Non, cette fois, la plus tentantes des proies ne doit avoir aucun effet sur toi, il te faut te contenir, pour Grace. Pour honorer ses paroles. Pour elle qui disait que nul n'était fondamentalement mauvais." Mais à chaque fois, le serpent de l'Envie emprisonnait son esprit entre ses fourbes et sournois anneaux, lui ôtant toute morale, effaçant chaque principe les uns après les autres. Et Ian se laissait tenter. Non, pardonnez mon erreur de langage. Ian se laissait avoir. Il succombait. Et il ne se le pardonnait pas. Dès lors que l'extra était fini, plus aucune glace ne croisait le reflet de son visage, plus un seul miroir n'effleurait ses yeux. Ian avait en horreur l'éclat pourpre de son regard, cet éclat sanguinolent qui montrait toute l'horreur de sa nature non-retenue. Oui, avec ses yeux rougis, il ressemblait à un démon tout juste sorti des Enfers. Mais cet être carnivore n'était pas lui, il essayait de s'en convaincre. Alors, jusqu'à ce que l'or terne de ses yeux reprenne le dessus, il évitait les miroirs, les vitres, les glaces. Il se concentrait sur ses paroles, ses partitions, Baudelaire. Le papier était un très bon écran pour masquer la réalité.

Ian sortit de sa torpeur comme l'on émerge d'un rêve. Ses mains toujours dans les poches de son vieux bluejean, il promena sur la salle un regard pour le moment plaqué or. Et secoua légèrement la tête. Ne pas y penser.
"Il ne t'es pas interdit de t'esquiver à la fin à l'instar de Parker. Lui n'a jamais cédé en agissant d'une manière telle..."
"C'est exactement le même refrain depuis quatre-vingt-trois ans. Chaque fois, même résolution partant d'un fond. Chaque fois, la gourmandise surpasse tes bonnes intentions."
Bon, fin des négociations. Garde ton énergie pour le concert plutôt que pour des causes perdues Ian...

Juneau, un soir. Scène libre, salle pleine à craquer. Hurlements, cris hystériques. Atmosphère aussi électriques que les guitarres, air lourd d'arôme exacerbés. Premier concert d'une longue série. Pour la première fois depuis longtemps, les habitants de l'Alaska pouvaient voir les Capricorn. Ils venaient d'entrer sur scène. Ils venaient de prendre place, Drew derrière son micro, guitarre à l'épaule, Parker à la batterie, jouant avec ses baguettes pour s'échauffer, Danny et sa basse, plus défoncé que jamais pour supporter la surexcitation et ses conséquences, et Ian, solidement posé sur ses deux pieds, habillé de noir et blanc des pieds à la tête, à l'exception de son éternel bluejean râpé. Chemise noire entrouverte sur la neige de son corps, une Converse noire et une blanche, sa tignasse sombre toujours aussi ordonnée, et surtout, SA guitarre, la sienne, pendant à son côté, brillante, noire entravée d'un ruban rouge soyeux de peinture en son milieu.
Petit regard d'encouragement, petit coup d'oeil complice, puis, dans un ensemble parfait, un accord, un seul. Une note lancée en l'air pour signaler le début des festivités. Un la retentissant vite couvert par les hurlements de joie des fans. C'était le signe. Le show commençait. En avant pour deux heures de rock. Une fois encore, la musique s'apprêtait à rasembler les esprits, rapprocher les êtres, les réunir pour deux heures sous une passion commune. C'est ce que se disait Ian à chaque fois. Là, il se souvenait du pourquoi il affrontait les arômes alléchants de chaque être humain. Pourquoi ils prenaient autant de risques.

Et puis, le moment du concert. Les gars lui avait permis de chanter sa chanson, celle qu'il avait écrite en premier. Certains médias disaient que c'était sa meilleure pour le moment. Les derniers accords de "Together through Centuries" avaient à peine retenti que Drew s'écarta du micro. Moitié du show. Ian s'avança de sa démarche nonchalante. Sur son chemin, il sentit la main de Drew lui donner une légère tape dans le dos. Il savait. Son créature savait combien Ian tenait à cette chanson. Il savait que Grace avait beaucoup compté pour le vampire. Et il avait pu voir le désespoir de ne pas avoir pu lui expliquer... S'emparer du micro, le régler à la bonne hauteur. Gratter un peu les cordes pour réaccorder la guitarre. Et souffler, a capella, les premiers mots de la chanson dans laquelle il avait mis tout son coeur, tout son amour et sa tendresse pour cette dame aux cheveux aussi blancs que sa peau aujourd'hui...


"There is nothing able to change a man you say..."

Les yeux fermés, je me réfugiai derrière l'écran noir de mes paupières, me coupant du monde, oubliant les centaines de personnes dont les regards étaient fixés sur moi. Mes mains froides et blanches crispées sur le micro, je sentis, dès les premières paroles, l'émotion gronder en moi. Dans le silence imposant qui régnait, je pouvais presque imaginer leurs visages à tous, écoutant avec attention ma voix, s'envolant entre les quatre murs, rebondissant sur chaque tête, retentissant dans chaque esprit... Mais, dans le noir de ma vision, seul un visage s'imposa à moi. Ses traits me firent le plus grand mal, tout en me faisant le plus grand bien. J'aimais tant la revoir, pouvoir à nouveau contempler la sagesse qui émanait d'elle. Sa peau froissée par le temps, le parchemin de son visage me racontant les heures sombres ou heureuses de son histoire, tout ça m'enveloppait à présent. J'entendais ma voix laisser s'échapper dans un souffle le premier refrain. L'émotion qui m'envahit me força à laisser planer quelques secondes de silence. Aucun de mes frères ne commença à jouer sans mon accord. Ils savaient pertinament que cette chanson me retournait complètement à chaque fois. Ils attendaient mon signe. Je le leur donnai, levant ma main gauche, et la musique partit, douce, tendre, légère, mais triste. Les guitarres faisaient trembler les notes, c'était pour moi comme si elles aussi pleuraient la mort de celle qui m'avait tant donné. Ma voix chantait l'affection pour sa créatrice, celle qui l'avait découverte et dévoilée, celle qui l'avait faite grandir et s'étoffer. Puis la musique mélancholique s'envola, se jetant avec rage contre les murs. Ma musique, ma rage. Puis, les derniers accords, les toutes dernières notes. Les guitarres s'éteignent pour une minute de silence. Ma chanson s'achève comme elle a commencé, dans un souffle. A une différence près.

"I wanted to find you in order to explain"

Mon murmure se brisa. Je me souvins avoir écrit ce passage d'une traite, et de l'avoir baigné sous les larmes.

"But empty house and shut door were waiting for me"

Elle aimait ma voix grave et douce; je lançai mon message d'une voix rauque et torturée.

"Et le ver ronge mon corps, comme le remord..."

Tonnerre d'applaudissements. Hurlements d'adoration. Lentement, mes paupières se soulèvent, je quitte mon monde sous les cris de joie. Combien ont pu comprendre mon message?
Dis-moi, Gracie, est-ce la lumière crue des spots ou ton absence qui me fait pleurer?


Dernière édition par le Dim 3 Fév - 0:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I love rock'n roll [PV]   Sam 2 Fév - 23:45

Les accords de la musique la transportaient, ainsi que la voix du chanteur, l’envoyant ailleurs, bien loin de cette foule de corps agglutinés, qui chantaient, faux pour la plupart, et étaient sans doute inconscient du sens que pouvait avoir cette chanson. A des années lumière de là, à travers la temps et l’espace, c’était ainsi qu’elle voyageait, à chaque fois qu’elle entendait cette chanson. Et, cette fois encore, elle se retrouva dans cette forêt, seule, abandonnée, salie, frappée, et laissée pour morte, sur le sol. Elle sentait la douleur dans ses côtes, elle sentait les larmes sur ses joues, la légère brise qui parcourait le sous-sol du lieu sylvain, les odeurs profondes d’humus, et celle, si prononcée, de son sang qui coulait lentement hors d’elle, comme la vie qui la quittait peu à peu. Elle entendait sa prière muette de mourir, de trépasser, là, maintenant, tout de suite, et l’attente, insupportable. Elle entendait les crissements de pas. elle ressentait la peur de revoir ses ravisseurs venir, et recommencer, encore et encore. La peur qui l’avait étreinte quand les voix inconnues s’étaient disputées, une peur irrationnelle, guidée par elle ne savait quel instinct. Et la douleur. Se répandant lentement dans ses veines. Son refus de hurler. Ses mains, froides et glacées, qui s’étaient saisi d’elle, en douceur. Cette voix, rassurante, qui lui chuchotait des mots dont elle ne se souvenait pas. et cette brûlure, qui empirait, prenant de plus en plus d’ampleur, de plus en plus de force. Le réveil. Leurs visages. Leurs sourires. L’explication. La chute. Le hurlement, le premier, qu’elle avait poussé. Le miroir. Son reflet, changé, métamorphosé. Ses larmes. Et sa soif, son envie avide de sang. Tous les arômes qui lui tournaient la tête. Sa première chasse, en forêt. Ce daim, son arôme sauvage, la sensation d’être enfin nourrie. L’horreur, les larmes de nouveau. La sensation d’être un monstre. Ses longues discussions avec ses « créateurs ». Les vêtements, magnifiques, qu’ils lui offraient. La sensation d’avoir retrouvé une famille. Et la déception. La fuite. La douleur de nouveau. Et, tout au long du périple, cette chanson, ces paroles, qui lui parlaient, doucement, calmement, apaisant jusqu’à son âme. Comme détachée de son corps, détachée de la réalité, elle laissait la musique l’imprégner, ne pensant plus à l’instant présent.

Elle reprit doucement pied dans la réalité vers la fin de la chanson, alors qu’elle commençait à sentir les derniers accords arriver. Lentement, elle reprit pied dans la foule, dans le monde réel. Cette chanson l’emmenait tellement loin, c’était tellement fort … On pouvait se demander comment un humain avait réussi à mettre des mots sur ce qu’elle avait ressenti, sur sa douleur, sur sa souffrance, sur l’espoir qui lui restait malgré tout, sur cette envie de ne pas se perdre … C’était impressionnant. La précision mortelle de chaque mot, de chaque syllabe, de l’émotion que cela déclenchait en elle… C’était de la magie pure. La puissance des mots alliés à la force de la musique. L’émotion à l’état pur. Elle secoua la tête. Comme à chaque concert, il lui était dur de se détacher des souvenirs que cette chanson faisait remonter en elle. Mais elle s’y efforça, regardant partout autour d’elle, se disant qu’elle n’était pas seule. D’un revers de la main, elle fit disparaître les larmes qui avaient perlé de ses yeux et avaient finalement coulé, sans attaquer le moins du monde son maquillage, encore un des nombreux avantages de la perfection. Et elle se joignit avec force et chaleur aux applaudissements, plus que cent fois mérité qui saluèrent la fin de la prestation de Ian. Et ne fut pas si surprise de voir des larmes dans ses yeux. Les autres spectateurs ne s’en rendaient sans doute pas compte, parce qu’ils étaient trop loin, et q’elle, elle était au pied de la scène, à quelques mètres à peine de lui. Et ces perles liquides, elle les voyait, clairement et distinctement. L’eau du cœur. Au début, aux premiers concerts, elle avait pensé à blâmer les éclairages, qui devaient l’éblouir, mais à chaque fois qu’il chantait celle-là, il y avait des larmes dans ses yeux. Alors elle avait compris. Ce qu’elle comprenait moins, en fait, c’était ce qu’elle pouvait bien signifier pour lui. Elle avait essayer de la comprendre à la façon d’un humain, sans grand succès. Peut-être était-ce parce que finalement, elle avait plus changé de d’aucuns le disaient. Tout ce qu’elle avait trouvé, ç’aurait été un crime qu’il aurait commis, ou un séjour en prison, mais elle avait eu beau parcourir tous les sites relatifs à son groupe préféré, elle n’avait rien trouvé de tel dans son passé. Alors elle ne savait pas. mais c’était un moment spécial, privilégié, pour elle en tous cas. Elle se sentait moins seule, à pleurer comme une abrutie au beau milieu d’un concert de rock. Elle le regarda, encore et encore, jusqu’à ce qu’il recule, laissant de nouveau le micro à Drew qui entamait la chanson suivante.

Elle se laissa emporter par la foule, souriant petit à petit de nouveau, se remettant à chanter, et bientôt, levant les bras et se déhanchant en rythme avec les autres. Oublié, le vague à l’âme, oubliés, les souvenirs qui lui pourrissaient la vie, ou plutôt l’existence, puisqu’on ne pouvait plus qualifier ça de vie, même ses problèmes actuels, rien, il n’y avait plus rien que la musique, sa voix qui s’élevait avec celles des autres, n’en formant qu’une, parfaite osmose, moment de pur bonheur. Les éclairages bas se reflétaient sur sa peau, la faisait miroiter de façon impressionnante, d’autant plus impressionnante qu’elle avait retiré sa veste. Heureusement, les gens étaient tous trop concentrés sur la scène pour s’apercevoir qu’elle brillait, complètement. La suite du concert ressembla donc à un rêve éveillé, comme d’habitude. Et la fin arriva, trop vite, bien trop vite. La chanson finale, ils faisaient toujours la même depuis tous ces concerts, elle n’avait pu l’oublier. Son cœur se serra doucement dans sa poitrine, alors que l’euphorie redescendait tout doucement. Elle aurait voulu que ça ne s’arrête jamais, comme à chaque fois, et comme à chaque fois, elle appréhendait le retour à la réalité, tout simplement. Elle ne voulait pas quitter ce cocon réconfortant, pas encore. Elle serait aux concerts suivants, bien sûr, mais elle devrait continuer à exister entre temps. On pouvait comparer cela à une drogue, en quelque sorte, une dose d’une heure et demi , qui devait lui durer pour après. Ce qui était très difficile, puisque l’effet durait en gros, le reste de la nuit. Magie qu’elle essayait de prolonger en gardant son ipod vissé sur les oreilles. Mais ce n’était pas la même chose, encore une fois, elle serait seule à la sortie, elle rentrerait seule, s’effondrerait sur ce lit dans lequel elle ne pouvait pas dormir, et se languirait encore, et encore. Alors non, elle ne voulait pas que ça finisse. Pas maintenant, par pitié, je vous en supplie, que ça dure encore un peu … Elle aurait aimé avoir le pouvoir de suspendre le temps à choisir, plutôt que celui de se rendre invisible. Ou celui de remonter le temps, pour rester pour toujours dans un de leurs concerts. Ou carrément revenir plus loin … elle doutait que ce soit possible …

Ses yeux englobaient la scène, la foule, pour graver ce souvenir au plus profond de sa mémoire, pour pouvoir retenir ça encore un peu. Même si c’était techniquement impossible. Déjà, les derniers accords de la chanson se faisaient entendre. Se forçant à sourire, malgré le reste qui remontait lentement à la surface, elle applaudit, hurlant « bravo » et « encore » avec les autres. Elle regrettait de ne pas savoir siffler, elle aurait adoré le faire. Oh, s’il vous plaît, un miracle, elle ne voulait pas partir. Elle avait souvent prié pour un miracle, et jamais il n’était arrivé. Alors, pourquoi serait-ce différent ce soir en définitive ? Parce que la chanson repartit de nouveau, alors qu’elle renfilait sa veste. Agréablement surprise, elle sourit, hurlant de joie avec les autres, et se déchaîna une fois de plus. ça lui rappelait tellement la première fois … ils avaient recommencé également. Et elle était habillée de la même façon. Fallait-il y voir un signe du destin ? Mmh, le destin ne lui avait joué que de sales tours jusqu’à maintenant pourquoi diable en serait-il autrement ce soir ? Il y avait bien eu un miracle … Un signe du destin alors ? Mais, pour lui dire quoi ? Ne te pose pas trop de questions, petite Sharon, profite de la musique, et danse, danse …

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MessageSujet: Re: I love rock'n roll [PV]   Sam 9 Fév - 23:50

Il fallait se reprendre. Continuer le concert, laisser derrière soi ce grand vide qui ronge le coeur, même s'il est figé dans la glace. The show must go on. Lentement, Ian était sorti de la lumière pour entrer dans l'ombre. Cet instant du concert était comme la vie au sens humain du terme: éphémère. Pendant quelques minutes, il avait mis à l'honneur la seule pour qui il avait la sensation d'avoir vraiment vécu. Grace dans la lumière, Grace Newson, la merveilleuse, Grace l'Eternelle. Ian aimait se dire pour se consoler un peu, qu'il avait offert le plus beau cadeau à cette magnifique femme; il lui avait offert l'éternité. Car qu'est-ce vraiment qu'une chanson? A part des mots collés les uns aux autres pour former des phrases un tant soit peu rythmées et douces à l'oreille? A part un assemblage de notes s'accordant en une mélopée savoureuse? Pour Ian, c'était un pan de sa vie. Tout un pan de sa vie. Il avait couché des années de souvenirs sur le papier, et les avait ainsi gravées dans l'air du temps. A défaut de ne pouvoir lui donner d'explications, Ian avait donné l'immortalité à celle qui avait tant compté. Non, pardonnez mon erreur: à celle qui comptait tant.

Le groupe savait qu'il fallait enchaîné sans attendre. Aussi, alors que Ian n'avait pas encore rejoint sa place, les guitarres rugirent, leurs notes rageuses déchirant les hurlements de joie du public. Un court instant, Ian eut l'impression d'être arrivé en Enfer.
"Il te faut t'y faire dès à présent, il va en être ainsi des semaines durant."
Ian secoua si rapidement sa superbe tignasse sombre que personne dans le public ne pouvait avoir remarqué quoi que ce soit. Le guitariste se tourna, résolu, vers le devant de la scène. Il savait exactement quand reprendre la mélodie, tout avait été préparé si minutieusement. Quatre. Le public délirant gesticulait sur la musique enragée; Ian pouvait distinguer chaque saut, chaque pas, chaque mouvement de bras... Trois. Ses doigts se posèrent sur les cordes, vibrant d'impatience; ils allaient bientôt unir leurs gestes à l'euphorie générale. Deux. Bientôt... Se camper sur ses jambes, se concentrer, ne penser plus à rien pour ne pas rater le coche. Un. Amorcer le mouvement, le premier d'une longue série créative. Zéro. Sentir vibrer la corde sous la peau, entendre la note s'élancer vers le public. Sentir une bouffée de chaleur envahir ce corps de glace. Entendre ce coeur figé soupirer d'aise. Une note, et le vide se comble. Une note et tout repart. Une note et la tristesse s'efface.

La fin. Ou presque. Peut-être est-ce le fait d'être en terrain conquis, ou celui d'être rappelés avec force par le public, mais les Capricorn se jetèrent un regard entendu après quelques secondes sous les hourras. D'un commun accord, chacun resta sur place, aucun ne quitta son instrument, et tous se remirent à jouer. Le tonnerre d'applaudissement, l'explosion de joie qui en résultèrent firent apparaître des sourires radieux sur les visages des musiciens. Qu'il était bon de partager autant ce que l'on aimait! La dernière chanson, la "derr' des derr' ", pourrait-on dire avec culot, fut jouée avec plus de force et d'entrain qu'il n'en fallait. Jamais "Glory" ne fut aussi bien éxécutée! Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et même si l'ensemble du groupe aurait pu rester ici littéralement pour l'éternité, le show dut se finir, les instruments s'éteindre et les lumières se rallumer. Avec le même regret, les Capricorn quittèrent pour de bon leurs places, et s'avancèrent près du bord de la scène, avec l'attitude d'enfants devant quitter leurs amis après une fête du tonnerre. Ils étaient tous alignés, la seule musique résonnant étant à présent celle jouée par les fans inépuisables.
Vous êtes-vous déjà demandés à quoi pensaient les artistes, ainsi debout face à la mer humaine déchaînée?


Il jeta un regard au public, sur le devant de la scène, comme à la fin de chaque concert. Du regard perçant qui caractérisait les vampires, il balaya les centaines de têtes qui s'agitaient sous son nez submergé d'arômes alléchants. Est-ce que...? Son coeur figé rata un battement imaginaire. Oui, elle était là, au premier rang, comme d'habitude. Ses cheveux blonds coulant sur ses épaules, son sourire parfait éclairant son visage parfait... Il l'avait remarqué il y a plusieurs mois, laissant glisser sur elle un regard blasé. De belles filles, il en avait vu plus d'une. Mais il ne les voyait qu'une fois, alors, autant ne pas s'attarder dessus. Mais au concert suivant, elle avait été là, de nouveau au pied même de la scène. Il l'avait observée plus en détail, et elle n'avait plus été jolie comme toutes les autres. Celle-là était parfaite. Conçue par les dieux apparemment. Sculptée avec la précaution et la minutie qui caractérisaient les oeuvres de Michel-Ange et de tous ses comparses. Oeuvre d'art de haute voltige, surpassant de bien des manières ses congénères, et éclipsant ses rivales d'un balayement de cheveux fins et dorés comme on pourrait mourir pour en avoir. Au concert suivant, elle était de nouveau là, de nouveau au premier rang. De nouveau si proche, et si lointaine. Il ne pouvait la faire venir, la faire rencontrer les membres du groupe comme toutes les autres, car toutes les autres n'avaient au final eu pour dernière vision que celle de leur loge, et des rockeurs au regard avide se précipitant sur elles... Il ne voulait pas d'une telle fin pour son chef d'oeuvre. Mais à chaque concert, lorsqu'elle réapparaissait, il ne désirait qu'une chose: pouvoir l'admirer sans fin, sans être obligé de penser à la musique. Juste se perdre dasn la contemplation de ses traits, de sa manière de bouger... Puis elle avait disparue. Elle n'était plus revenue. Pendant des semaines, il ne l'avait vue qu'en rêve ou dans ses souvenirs, scrutant la foule des son regard perçant et plein d'espoir à la fin de chaque nouveau concert, et étant à chaque fois plus désespéré. Mais aujourd'hui, ce soir-là, elle était ici. A sa place habituelle, devant la scène. A ses pieds. Toujours aussi parfaitement belle... Il ne fallait pas la laisser partir comme ça, il ne pouvait prendre le risque de quitter la scène sans lui avoir parler; elle pouvait ne plus réapparaître. Il eut brusquement une idée; l'ampoule s'éclaira au-dessus de sa tête, il suffisait d'être convaincant. Se tournant vers le reste des Capricorn, il demanda gaiement, enjoué:

Et si on signait des autographes pour une fois?!

C'est ainsi qu'exceptionnellement, les Capricorn sautèrent au bas de la scène pour aller à la rencontre des fans du premier rang. D'autorité, il s'était dirigé vers elle, saluant les furies ça et là. S'il avait été humain, j'aurais pu dire qu'il avait le coeur battant. Enfin, l'instant qu'il attendait depuis des mois, les minutes dont il avait si souvent rêvées, celles qu'il avait imaginées et imaginées à nouveau étaient sur le point de s'écouler. Il signa pour une jeune fille juste à côté d'ELLE. Il sentait tant d'arômes à cet instant qu'il ne put se rendre compte qu'elle n'en avait pas. La seule chose qu'il sentait était sa présence, si excitante et impressionante à la fois. C'est en enfant intimidé qu'il se présenta devant son inconnue.


Dernière édition par Ian Autumn le Sam 8 Mar - 17:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I love rock'n roll [PV]   Jeu 14 Fév - 13:38

Les mains en l’air, elle se laissait bercer par la musique, emporter, bien loin de tout le reste. Ses longs cheveux blonds se balançaient en rythme, et, les yeux fermés, elle repoussait la fin du concert à un futur irréaliste, tellement lointain et tellement improbable qu’il en paraissait stupide, ridicule. Les notes glissaient sur sa peau, rassurantes, enivrantes, l’enveloppant encore un peu de leur présence bienveillante avant de s’éloigner … Non, ne pas y penser, danser, danser … Ces concerts avaient tous eu la même saveur, celle de se retrouver chez elle, d’avoir encore un toit, une maison, quelque part où elle était en sécurité, elle ne savait pas comment cela était possible. Cela l’avait rassurée quand elle s’était enfuie après la découverte de la trahison, cela l’avait été à reprendre pied, et, là, après des mois dans le doute, des mois où elle n’avait pu s’adapter, cela lui faisait un bien fou, au delà des mots. Se sentir entière de nouveau … Par flashs, elle se revoyait, humaine, acheter leur premier album, rire avec ses copines, débattre avec elles sur qui était le plus sexy des membres du groupe, écouter leur musique, encore et encore, adolescente épanouie et rieuse, le mettre à chaque début d’entraînement des pompomgirls, l’écouter pendant son footing matinal, le mettre à fond dans sa chambre pour faire chier son frère, embrasser son dernier petit ami sur cet air … Et puis après, perdue, déchirée par la douleur, quand elle n’avait plus conscience de rien, juste de cette mélodie qui retentissait dans ses oreilles, la portant, malgré la douleur, malgré la brûlure, malgré la souffrance. Et après, la renaissance, quand elle avait réécouté tous leurs cds, les avait redécouverts, véritablement. Apprenant à marcher, à chasser, ses écouteurs vissés aux oreilles, cherchant la seule source d’apaisement que son âme connaisse. Quand elle s’était enfuie, écoutant ces chansons à fond sur l’autoroute, avalant des kilomètres et des kilomètres qui l’éloignaient de plus en plus du mensonge, de la trahison, de la douleur. Arrivée en Europe, perdue, par avion à Londres, dans l’aéroport, l’affiche annonçant leur concert. L’incroyable tour de passe-passe pour obtenir des billets pour toute la tournée. Son première concert … Habillée de la même façon, perdue, mais souriante dès les premiers accords. Et les concerts qui suivirent, la route, leur musique, toujours leur musique … Elle lui avait toujours fait un bien fou, la sauvant en quelque sorte à chaque occasion. Elle voudrait pouvoir les écouter chanter toute son existence.

Hélas, malheureusement, il y aurait un jour où il se dissoudraient. Ou où ils seraient trop vieux pour jouer. Ou où ils mourraient, tout simplement. Son existence serait éternelle, la leur n’était qu’éphémère. Quoique avec la musique … Elvis Prestley était bien mort, tout comme Claude François, et pourtant, on chantait encore leurs plus grands tubes aux quatre coins de la planète. Elle pourrait toujours se repasser leurs CDs, ou les pistes de son Ipod. Mais plus jamais elle ne pourrait à partir de ce moment-là venir à l’un de leurs concerts, comme elle adorait le faire, pour avoir un moment loin du reste. Ces instants privilégiés n’étaient qu’éphémères, ayant la vie de ses splendides papillons autant que leur beauté, leur magie, leur unicité. Leur valeur. Leur courte vie, que Sharon leur enviait. Ils avaient une raison de vivre, d’exister, jour après jour, un public, une passion, une bande d’amis, une famille, une petite amie peut-être, et cette certitude de devoir mourir un jour. Et cela se voyait, cela se sentait, sur scène. Leur vie à eux était remplie de quelque chose, elle avait un sens, contrairement à la sienne … Sa tête se balança un peu plus, de gauche à droite, de droite à gauche, pour chasser ces pensées. Profiter, arrêter de réfléchir, juste carpe diem. Puiser de l’énergie, la force nécessaire de continuer, tout renouveler pour repartir à zéro, du bon pied. Se gorge d’une force nouvelle, et danser, danser jusqu’au bout de la nuit … Elle commençait à avoir chaud, chose inédite dans l’existence d’un vampire, mais les corps pressés partout, l’excitation générale, et cette musique … lui donnaient plus que jamais l’impression d’être vivante, d’être humaine. Sentiment grisant, sentiment revigorant, mais tellement éphémère …

En effet, bientôt, bien trop tôt, la musique s’arrêta, les derniers accords se turent, et la foule rugit, applaudissant ses idoles. Avec un petit sourire triste, Sharon se joignit à eux, une nostalgie sans nom au fond des yeux. Parce que c’était déjà fini. Déjà, la réalité se rappelait à elle, par les odeurs multiples des gens, qu’elle avait réussi à oublier, par la froideur même de sa peau, de son corps, qui lui revenait comme une claque dans la figure. Ses souvenirs aussi revenaient. Elle croisa le regard d’un jeune homme qu’elle avait vu parmi les tuteurs à l’Université. Avec Josh … Un pincement au cœur. Non, pas encore, ce n’était pas encore fini, pas vrai ? Elle ne voulait pas retourner à tout ça, elle voulait encore rester … Lali aurait été là, elle lui aurait dit de se servir de son pouvoir d’invisibilité pour se planquer à la fin du spectacle et les rencontrer « par hasard ». Oui, mais elle n’était pas Lali. Quoique … Non, hey, ça s’appellerait limite du voyeurisme, Sharon. Ce n’était pas son style. Non, il fallait se rendre à l’évidence, la soirée était bel et bien finie. Doucement, elle enfila sa veste, jetant encore un coup d’œil au groupe qui saluait son public. Un léger sourire orna ses lèvres. Elle avait passé une soirée inoubliable. Ils lui avaient manqué, sans aucun doute, mais c’était promis, elle ne passerait plus autant de temps sans assister à un de leurs concerts, elle en faisait le serment. Elle tira doucement sur sa veste, et, commençait à se détourner, quand quelque chose d’incroyable se produisit.

Les membres du groupe sautèrent à bas de la scène, déclenchant les hurlements d’une horde de furies qui les assaillirent immédiatement. Sharon, elle, ne bougea pas d’un pouce, figée, véritable statue de marbre, ses yeux dorés ne quittant pas la scène qui se déroulait, de peur qu’elle ne découvre qu’il ne s’agissait que d’une illusion. Jamais, à aucune des concerts auxquels elle avait assisté, ils n’étaient descendu à la rencontre de leur public. A vrai dire, ils avaient la réputation d’être assez inaccessibles en dehors de tout ce qu’ils donnaient sur scène. Personne n’avait réussi à avoir un seul autographe d’eux, ni une photo avec des fans. Alors qu’ils bondissent, comme ça, et se mettent à signer des autographes … c’était pour le moins inattendu et surprenant. Ce qui faisait qu’elle n’avait pas bougé d’un poil, contrairement à tous les fans des rangs derrière qui poussaient, espérant pouvoir voir leurs idoles de plus près, ou même les toucher, sans même parler d’autographe. C’était dingue. Danny qui signait le derrière d’un string d’une jeune fille sur le point de s’évanouir, Drew, signant autographe sur autographe, Parker, embrassant même une fille sur le front, et Ian … signant un autographe à la fille juste à côté d’elle. Si son cœur avait battu, il aurait sans doute raté un battement ou deux. Doucement, elle le détailla, croyant à peine qu’il se tenait là, à à peine un mètre d’elle. Bon sang, il devait incarner quelque chose comme son plus grand fantasme depuis des années. Avec ce physique parfait qui caractérisait la plupart des stars, ce sourire à tomber, légèrement timide, et cet air mystérieux et sombre … Et bientôt, il se tourna vers elle.

Le temps suspendit un instant son cours. Elle était complètement intimidée, face à son idole de toujours, et lui … et bien elle semblait lui faire le même effet qu’elle faisait à tout humain. Rien d’extraordinaire sous le soleil des tropiques. Ou plutôt, sous la lumière changeante des spots, pour tout dire. Qui l’énervaient un tantinet, car elle n’arrivait pas à voir tous les détails de son visage comme elle l’aurait souhaité. La couleur de ses yeux, par exemple, qu’elle n’était jamais arrivée à définir. C’était … comme un rêve. En mieux, parce que c’était vrai. Ils restèrent un moment à se regarder. Et Sharon se dit qu’elle devait juste avoir l’air stupide et cruche, à rester comme ça. Figée, toujours dans cette attitude de celle qui allait partir. Habillée comme à leur premier concert. Même si lui n’en avait probablement pas conscience. On aurait dit le renouveau, le départ de quelque chose de nouveau. C’était étrange, comme si la boucle était bouclée. Mais elle ne devait pas rester là, à le regarder, elle devait vraiment avoir l’air d’une groupie complète … Doucement, elle se plaça face à lui, lui sourit, essayant d’avoir l’air détendue et dit, tout simplement :


Sharon …

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MessageSujet: Re: I love rock'n roll [PV]   Sam 8 Mar - 17:30

Sharon... Sharon. Sharon. Oui, c'était bien elle, c'était bien la splendide blonde, cette sculpture à la beauté apparemment sans défaut (ou Ian était-il soudain devenu aveugle?) qui avait parlé. Et elle avait dit "Sharon".
Que... que dire de plus? Tout était dans ce prénom, dans la façon dont il avait été prononcé! Il avait été discret, commencé comme un "chut" pour l'empêcher de parler, et terminé dans un murmure pour laisser à Ian l'impression que Sharon n'était qu'un rêve...
Ce simple mot, prononcé avec une apparente désinvolture, avait comme anesthésié le vampire qu'était Ian. Il ne voyait plus rien, n'entendait plus rien, pensait difficilement, fonctionnait automatiquement. Pourtant, le membre des Capricorn aurait dû être rhodé, blasé par la beauté humaine! Les belles humaines ne manquaient pas dans leurs concerts. Elles se pressaient en général au pied de la scène, gesticulantes et extraverties pour se faire remarquer. Ce qui arrivait, pour leur plus grand malheur. Mais... Sharon... ce devait être une magicienne. Une sorcière, une enchanteresse! Une vampire peut-être? Pfff... quelle idée! Il n'y avait que les Capricorn pour se risquer à cet exeercice de haute voltige qu'était la plongée en milieu humain survolté. Et encore... Ils ne résistaient pas toujours... Ce soir par exemple, ils ne résisteraient pas; Ian l'avait vu dans les regards de ses amis. Ces éclairs d'avidité, ces yeux brillants d'une excitation animale, il ne les connissait que trop bien. Il ne pouvait pas se permettre de faire venir Sharon. Pas ce soir. Peut-être même jamais. Et pourtant... Ian ne pouvait se résoudre à juste laisser sa signature à son chef d'oeuvre. C'était juste viscéral, il ne pouvait pas la laisser s'en aller. Elle était venue, souvent; il l'avait vue, remarquée, puis revue. Et remarquée à nouveau. Peut-être n'espérait-elle que ça, un autographe. Unpeu d'encre déposée à la va-vite sur du papier, un bras, un T-shirt. Quelques traits tracés à la hâte, et reproduits à l'identique, des milliers de fois. Si elle n'était venue que pour ça, elle repartirait, ne reviendrait pas, n'accordant de l'importance qu'à ce qui avait été écrit, et non à ce qui avait été pensé pendant l'écriture. Dans un cas, un autographe valait beaucoup, dans l'autre, pas. Sauf dans ce cas précis.
Ian avait été comme sur pilote automatique à partir de la seconde où Sharon lui avait donné son prénom. Tel un pantin dirigé par des mains invisibles, il s'était saisi du morceau de papier que lui tendait Sharon. Ses yeux avaient bien vu les mains blanches de la jeune femme, mais ils ne les avaient pas regardées véritablement. Lorsque leurs doigts s'étaient frôlés, il avait forcément senti que de la jeune femme il n'émanait aucune chaleur. Mais, trop égaré, le cerveau trop embrumé pour penser à quoi que ce soit, Ian n'avait pas interprêté cette absence de température, de sensation comme étant la conséquence de la rencontre du froid et du froid. Il n'avait rien remarqué. Rien "capté" dirait-on aujourd'hui. Intérieurement absent, il avait griffonné de sa main gauche une belle signature à l'écriture ronde, qui seule pouvait trahir ces huit décennies passées. Toujours aussi "inaltérable que le diamant". Puis, toujours inconscient, il avait tendu le petit bout de papier à la splendide jeune femme postée face à lui. Sa conscience lui revint à cet instant précis, à l'instant même où sa vie aurait pu se poursuivre normalement (autant que l'existence d'un vampire puisse l'être s'entend). Elle surgit dans son esprit, affolée telle une mère ayant perdu son enfant de vue, lançant des "Mais elle va partir! Elle va partir! Retiens-là!!" proches de l'hystérie. Une légère pression sur le papier se fit sentir; Sharon reprenait son bien. Cette intervention extérieure sur la bulle de Ian lui fit l'effet d'une décharge électrique, et le vampire sortit brutalement de sa torpeur.
"Retiens-la! Retiens-là!"
Elle était sur le point de partir. Tout était sur le point de finir. Vite Ian, trouve quelque chose, raccroche-la à toi!
Et il trouva.

Avant que le petit morceau de feuille n'échappe à ses doigts, Ian le retint, le rattrapant presque au vol. L'irréalité de la scène, l'ultimatum, l'urgence de la situation; tout ceci masqua la timidité du guitarste des Capricorn. Elle était toujours présente pourtant, mais il fallait se faire violence, ou tout perdre.


Pardonnez-moi, puis-je vous le reprendre...?

Question purement rhétorique, comme de bien entendu, car tout en parlant, Ian avait repris le papier. A ses propos il avait ajouté son sourire aussi charmant que charmeur, comme pour s'excuser de son attitude cavalière, dévoilant légèreent des dents blanches comme il faut et bien alignées derrière ses lèvres fines entrouvertes, mais surtout, creusant deux enjôleuses fossettes au milieu de ses joues.
Il rajouta de l'encre sous sa signature: une série de chiffres, simplement suivie de points de suspension délicatement posés sur le papier. Mais la timidité revint vite, et Ian, troublé par l'imposante présence et le charisme déconcertant de son chef d'oeuvre, se détourna à regrets, laissant entre les mains fines et blanches comme neige de la belle Sharon ce qui resemblait à son avenir. Elle était seule à présent à pouvoir donner une suite ou une fin au concert.

La fan suivante lui parut d'une incroyable trivialité, d'une indélicatesse horripilante, et bien mal faite de sa personne. Le contraste entre la sculpture digne de Michel Ange et cette espèce de... de... d'hystérique sautillante était particulièrement saisissant.


C'est ce qui arrive lorsque l'on revient sur Terre après avoir visité les Anges... aurait dit madame Newson.

Ian jeta un coup d'oeil discret vers l'endroit où se trouvait Sharon quelques secondes auparavant. Qu'est-ce qui allait bien pouvoir se passer maintenant?

Reste tranquille, Ian. Ne t'en fais pas, et attends juste de voir ce qu'il doit advenir. Je suis sûre que tu ne regretteras rien, aurait ajouté Grace.
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